Harcourt Discusses the Death Penalty with Tribune de Geneve (in French)

The Ku Klux Klan, the death penalty and zero tolerance
Pierre Ruetschi
Tribune de Geneve
October 27, 2012

Il y avait bien ces innombrables histoires qui couraient sur des avocats d’office saouls et incompétents qui participaient à des simagrées de procès conclus par des condamnations à mort.  Mais Bernard Harcourt, 49 ans, éminent professeur de droit et actuel doyen de la faculté de sciences politiques de l’Université de Chicago,  est de ceux qui cultivent le doute. « Au départ, je n’était pas un abolitionniste. Mais quand j’ai vu de mes propres yeux comment se déroulaient les procès en appel des condamnés à mort, j’ai été stupéfait. Il n’y a pas un seul cas où le droit n’a pas été violé de façon flagrante sur un point ou un autre .»

Bernard Harcourt, issu des prestigieuses universités de Princeton et de Harvard dont il est docteur, avait une voie académique toute tracée devant lui. Il a préféré prendre la tangente pour faire ses classes sur le terrain cette fois, celui des couloirs de la mort. Nous sommes en 1990. Bernard Harcourt, dont la mère est originaire de Thonon et qui gardé des liens avec Genève, quitte New York, la ville de sa jeunesse pour s’installer à Montgomery, la morne capitale de l’Alabama dans le Sud des Etats-Unis. « Au cours de mes recherches universitaires sur un cas de condamné à mort, j’avais acquis la conviction qu’un homme promis à la chaise électrique était innocent. Je devais faire quelque chose. Je suis donc parti en Alabama pour tenter de prouver son innocence»,  explique-t-il dans un français presque parfait.  Là, ses pires doutes sont rapidement confirmés. « L’avocat commis d’office avait travaillé huit heures sur le cas de son client. Dérisoire.  J’étais abasourdi ».

Grâce à sa pugnacité, le dossier est rouvert et le condamné à mort innocenté. Bernard Harcourt n’en restera pas là. « Parjures, témoignages mensongers contre paiement. C’est une pratique tout à fait courante. Les parties paient pour un témoignage « vérité », sans compter que les indices exculpatoires ne sont souvent pas transmis à la défense ».